
Je suis NZANZU MUHAYRWA L. Auteur de deux romans publiés : Le Christ du Corcovado (2022, Ed. Kivu Nyota) et Le Nécrophile (2024, Ed. Calures). J'ai aussi, dans mon tiroir, un tas de manuscrits qui ne seront probablement jamais publiés : Petites nouvelles du grand monde (nouvelles), Cap Sur le Nord (roman court), Jessica López (roman).
Dans ce post, je veux partager avec vous quelques astuces et, plus largement, discuter avec vous de ce que peut représenter un projet d'écriture de roman.
Avant de procéder (transposition angliciste 😂), j'aimerais signaler que je ne parle pas en expert et que ce que je vous dirai dans ce post est fruit de réflexions et expérience personnelles. Raison, d'ailleurs, pour laquelle j'ai préféré commencer par une présentation intégrale de moi en tant qu'écrivain et mes modestes réalisations. Si vous vous attendez à une théorie tirée d'un ouvrage rédigé par l'Académie Française, je suis désolé de vous prévenir que serez déçus.
Qu'est-ce qu'un roman ?
Comme disent les anglais first things first : c'est quoi un roman ? Un roman c'est à la fois un genre littéraire et l'ouvrage écrit en suivant les codes, les règles et les caractéristiques de ce genre. Pour la faire simple et courte, un roman c'est une histoire (longue ou courte) narrée de sorte à quitter d'un état initial à un état final. Cette définition sera discutée par les littérateurs, surtout contemporains (et cette tendance a commencé avec le nouveau roman : Nathalie Sarraute, Louis Aragon, ...), qui remettent de plus en plus en question le schéma actanciel.
Si vous n'êtes pas calés en matière de littérature, ne vous en faites pas. Savoir ou ne pas savoir cela n'ajoute ni ne diminue rien à votre capacité à écrire un bon roman. Retenez simplement que quand vous écrivez un roman, le lecteur doit sentir qu'il y a eu évolution de quelque chose au cours de la narration, que quelque chose a quitté un état A vers un état B.
Cela peut être un personnage qui était en bonne santé mais qui finit avec un trouble psychologique (comme dans Le Necrophile de NZANZU MUHAYRWA L.) ou quelqu'un qui était enfant et qui grandit (comme dans De la part de la princesse morte de Kenize Mourad), ou même un mystère qui a fini par être élucidé (comme dans les romans d'Agatha Christie).
Trouver l'idée
Maintenant que vous savez c'est quoi un roman, vous devez vous demander par quoi il faut commencer. En fait, vous n'avez pas besoin d'aller chercher loin. Tout ce dont vous avez besoin pour écrire un roman c'est une idée.
Une idée c'est quelque chose d'aussi diversifié qu'un bout d'histoire, un thème, un structure,... L'idée c'est le foetus de votre roman et comme le foetus, il ne peut pas être complet, il ne peut pas avoir toutes les parties et il est appelé à changer au fur et à mesure qu'il grandit. Bonus vocabulaire : le fait de laisser une idée grandir, ça se dit mûrir une idée (dites merci à Papa Zola, mon prof de français de 6è secondaire).
Les idées sont de diverses sources et de mon expérience, la source de l'idée influe beaucoup sur la rédaction même du roman. L'inspiration (le fait de trouver des idées) est partout : dans les films que vous regardez, la musique que vous écoutez, dans la prière de votre mère, dans le sourire de notre petite amie, dans les conversations avec des amis, dans les discussions de gens que vous écoutez dans un bus sans le vouloir, dans les idées de révolte que vous développez en regardant la situation de votre pays, votre continent, ...
D'ailleurs, pour mes frères congolais, vivre au Congo et ne pas trouver d'idée, c'est être doublement congolais (donc doublement bête) : vivre dans l'abondance et être incapable de l'exploiter.
J'ai lu un livre de Zamenga Batukezanga quand j'étais au collège. C'était dans la bibliothèque de la Maison des Jeunes qui est de l'autre côté du mur de notre enceinte. Dans son livre (j'en oublie le titre), Zamenga dit que chaque fois qu'il descendait dans les rues de Kinshasa, c'était un roman. D'ailleurs, MPR (Musique Populaire de la Révolution) dans Awa Ekendaka Boye (sorti sur l'album SeseSeko) dit : Nako yemba nini ? Vie ya chaque congolais eza déjà grand disque (que vais-je chanter ? La vie de chaque congolais c'est déjà un grand disque).
Les idées, elles sont partout, elles sont là tout le temps. Vous-mêmes êtes une idée de roman et peut-être le meilleur que vous ne pourrez jamais écrire (puisqu'au moins, vous ne manquerez jamais quoi dire).
Elaborer une histoire
Un roman c'est une histoire et avoir une idée ce n'est pas directement avoir l'histoire. Bien sûr, il arrive que l'on soit inspiré et que, d'un coup, toute l'histoire se dérouler dans notre cerveau. Ce n'est pas suffisant : l'histoire doit être élaborée.
Qu'est-ce que j'entends par élaborer ? Vous devez définir un tas de variables tels que les éléments moteurs qui feront passer vos personnages d'un état A vers un état B, vous devez tester la crédibilité de l'histoire (est-ce que ce que vous allez raconter aux gens c'est pas des histoires 😂 sans queue ni tête ?), vous devez définir le début et la fin de votre histoire (qui n'est pas à confondre avec le début et la fin du roman), vous devez connaître les moments importants, les transitions, le climax, ...
Le conseil que je peux donner à ce niveau c'est qu'après avoir eu une idée, ou des idées, il faut prendre un papier et essayer d'écrire une petite histoire. Rien que pour voir la charpente du gros projet dans lequel vous êtes sur le point de vous lancer. Jessica López, mon roman inédit, compte 192 pages en A4 (ce qui ferait à peu près le double en format roman de poche) et a été rédigé pendant une année et demi. Vous ne me croirez pas si je vous disais que j'ai encore les papiers (une dizaine de papiers) sur lesquels j'avais écrit une petite histoire, reprenant les étapes les plus importantes de ma narration, afin d'avoir une sorte de boussole.
Planter le décor
Maintenant que vous avez votre histoire, maintenant que les choses sont plus claires dans votre tête, il est temps de planter le décor. Un roman, c'est comme un monde parallèle ou superposé aux nôtres. Mais dans les deux cas, des gens ou des choses vivent. Il est temps de définir qui sont ces gens, ces choses et où ils vivent, comment ils vivent, pourquoi ils vivent, quand ils vivent, ...
Ce que je veux dire, c'est qu'à ce niveau vous devrez décider du lieu où votre roman va se dérouler, qui seront les personnages, qui sont leurs amis, leurs parents, c'est pendant quelle saison, est-ce la planète terre ou une météorite, les personnages se déplacent en voiture ou navettes spatiales, ils sont comme nous ou ressemblent à des extra-terrestres, ...
En réalité, certaines de ces choses que je viens de citer, vous pouvez les définir lors des étapes précédentes. Par exemple, pour éviter des anachronismes (comme parler de Zaïre en 1890 alors qu'on n'était même pas indépendants), vous pouvez décider de votre époque de narration dès l'étape de l'élaboration de l'histoire. Ou encore vous êtes en vacance à Gbadolite et cette ville vous inspire une histoire, c'est dès l'inspiration que vous déciderez de votre lieu de narration.
L'objectif à cette étape, c'est d'avoir une vue d'ensemble de l'environnement dans lequel la narration est faite, les différents acteurs, ...
Planifier et affiner
Il est temps de faire un plan. Ce n'est pas obligatoire mais je le recommande personnellement, surtout aux débutants. La planification concerne ces trois choses :
- Les personnages : un personnage doit être vivant, le lecteur doit l'aimer ou le détester, avoir de la sympathie ou de l'antipathie pour lui, il doit rire quand il rit ou pleurer quand il pleure. Et pour cela, il faut que le personnage soit connaissable, unique, vrai. Regardez autour de vous, qu'est-ce qui fait que vous aimez un prof et pas un autre ? Peut-être que ce prof est gentil, ponctuel, compréhensif et l'autre c'est un diable qui arrive toujours en retard et qui vous punit si vous osez vous rebeller. Qu'est-ce qui fait que vous choisissez tel garçon et non tel autre pour petit ami ? Peut-être que ce garçon est calme, drôle et cet autre est arrogant et croit que son argent peut vous acheter. Tous ces traits de caractère qui influencent notre rapport aux autres, il faut les donner aux personnages. Et ces traits ne sont pas que moraux, psychologiques, ils sont aussi physiques : mon prof de français portait toujours un large-bord (le même type de chapeau que Tshisekedi Wa Mulumba) et je le trouvais très sympa avec ce chapeau. C'était, peut-être inconsciemment, un trait qui faisait que j'aimais ce prof. Donnez à votre personnage un handicap, une couleur d'habit qu'il aime porter, un style de langue particulier, ... qui fera que même entre mille, le lecteur le reconnaisse.
- Les lieux des scènes : votre histoire sera émaillée de scènes. Certaines se dérouleront en plein air, d'autres dans des salles de classe, d'autres dans encore dans des des avions. Décrivez où vos personnages se trouvent. Vous devez comprendre que quand votre lecteur lit un roman, inconsciemment, il se joue un film dans sa tête. Et ça serait dommage qu'il ne sache pas, dans son film, si un personnage est dans un restaurant de type congolais ou de type italien. Par décrire, je ne demande par de faire le Gustave Flaubert en décrivant sur cinq pages la porte alors que les personnages l'ont traversée à la première page. Je vous demande juste de donner du contexte, les détails les plus importants.
- Les scènes : une scène c'est un moment où les personnages font quelque chose (c'est la définition la plus simple qui me vient en tête). Quand deux personnages planifient l'enlèvement du maire de la ville dans un roman, c'est une scène. Quand deux amoureux font l'amour, c'est une scène. Quand un prêtre confesse un fidèle, c'est une scène. Une scène c'est tout ce que le personnage va faire pendant un bon bout de temps (éternuer ce n'est pas une scène, mais c'est un acte qui peut se faire dans une scène). Ces scènes, il faut d'avance déterminer (au moins dans le minimum du possible) comment ils vont se dérouler. C'est comme au cinéma ou au théâtre : ils vont porter ceci, quand elle va parler il va réagir comme ça, elle va pleurer et il va s'énerver, ...
Pour les personnages, il existe ce que l'on appelle fiche de personnage. C'est comme une grille que vous tracez et sur laquelle vous allez constituer la personnalité de votre personnage : son nom, son niveau d'étude, ses préférences, son rappeur préféré, ...
Une dernière chose, vous n'êtes pas obligés de faire le plan de tout le roman en avance mais cela dépend de notre niveau d'expérience. En principe, quand on est expérimenté, on peut faire le plan graduellement c'est-à-dire moment fort après moment fort, chapitre par chapitre, ... Ou encore écrire sans plan du tout comme Kafka ou Luis Aragon.
Aux débutants, je vous en supplie, faites des plans. C'est difficile mais vous en verrez très vite les bénéfices. Il faut savoir qu'écrire, bien que procurant du plaisir, c'est un acte intellectuellement et même physiquement fatigant (comme l'acte sexuel, à ce qu'on m'a dit). D'ailleurs, pour paraphraser Soni Labou Tansi, ce n'est pas facile de faire l'amour aux mots. Si vous y allez sans plan, vous allez vous fatiguer à la dixième page et le projet sera mort. Et si vous êtes suffisamment courageux pour continuer, vous produirez un roman qui ressemble à un étoffe fait de motifs éparses. L'avantage du plan c'est que vous aurez toujours un itinéraire défini à suivre (adaptable, bien évidemment).
Rédiger
Maintenant, vous pouvez écrire votre roman. A ce niveau, il reste très peu de choses à faire ou à décider comme le point focal (raconter à la première personne, la deuxième ou la troisième), le temps de la narration (au présent, au passé ou au future), ... ces choses peuvent aussi être décidées depuis les étapes précédentes, selon de vos besoins et la particularité de votre projet.
Wrapping up
Pour finir, voici quelques conseils pratiques que je peux vous donner et acquis de mes quelques années d'expérience.
- Lisez beaucoup : On n'écrit bien que si on lit bien. Mais attention, lire bien ne veut pas dire qu'on écrira automatiquement bien. Cela dépend de ce qu'on lit, comment on lit et comment on traite ce qu'on lit. Je connais des gens qui aiment lire mais la qualité de leurs textes laisse encore à désirer. Quoi qu'il en soit, lisez. C'est toujours mieux que de ne pas lire.
- Documentez-vous : c'est comme quand on écrit une dissertation. Plus on est cultivé, plus notre dissertation est belle et convaincante. La quantité d'informations que vous posséder sur la psychologie, le vocabulaire (c'est aussi de la culture générale), l'histoire, la géographie, ... influencera indirectement la qualité de vos textes.
- Soyez vous-mêmes : mes débuts en écriture ont été très frustrants parce que je me comparais aux écrivains que je lisais et dont j'appréciais les romans. J'écrivais, je comparais mon texte aux leurs et je me trouvais nul à chier. Jusqu'à ce que j'apprenne et comprenne que l'on est tous unique et qu'écrire c'est un travail de perpétuel perfectionnement. Je ne dis pas que vous devez écrire de la merde et dire que ça va parce que vous êtes unique (malheureusement, beaucoup de gens réfléchissent comme ça. Et tu ne peux pas critiquer ce qu'ils écrivent au nom de la liberté et la particularité artistique). Ecrivez, prenez du recul face à votre texte, ne vous gonflez pas d'orgueil, apprenez de meilleurs et apprenez aux plus faibles, ... surtout, écrivez d'abord sur ce que vous vous aimez et comme vous l'aimez.
- Ayez toujours de quoi prendre notre : un calepin, un carnet, votre téléphone, ... soyez toujours prêts à noter des idées. Elles viennent tout le temps. Cela peut être une description, une réplique de conversation, une repartie, une modification à faire. Pour ne pas perdre toutes ces bonnes choses, soyez toujours prêts à les conserver quelque part.
- Entourez-vous de gens qui écrivent déjà : la meilleure façon d'évoluer et d'apprendre, c'est en étant entouré de gens qui font ce que nous faisons. Non seulement nous apprenons d'eux mais, surtout pour les écrivains, on se constitue déjà ses premiers lecteurs et son premier soutien. Il existe, à Lubumbashi, des cercles et des collectifs d'écrivains comme : Kiosque Littéraire, Rara Iuventus, Lectures Etoilées, ...
Pour finir, je vous invite au Thé Littéraire (un évènement organisée par Kiosque Littéraire chaque premier samedi du mois) qui aura lieu au Centre d'Art Waza (Chaussée Laurent-Desiré Kabila, Adula Coin Mobutu) le 14 juin 2025 prochain. Je suis l'invité. Venez rencontrer des écrivains, des écrivailleurs, des lecteurs, des critiques et des passionnés de littérature. L'évènement sera aussi diffusé sur leur chaîne Youtube.

