
J'ai commencé Deux Enfants Tristes de Exbrayat cet après-midi après avoir lessivé une pile d'habits. J'ai hesité entre lui et La Main Morte de Phillipe Huet. Puis, je me suis rappelé que Jean-Marc Ilunga (un très bon monsieur, très intelligent) parlait souvent de cet auteur au nom qui sonne bizarre. C'est ainsi que j'ai fait mon choix. Et si au début l'objectif était de lire quelques pages, histoire de me détendre avant de préparer et répasser, j'ai lu toutes les 188 pages du roman d'une traite. Dévinez quoi : je n'ai ni préparé ni repassé.
Je me suis donc dit, au terme de ma lecture, que j'allais vous résumer ce magnifque roman mais aussi vous partager mon avis de lecture. Une chose est sûr : je dormirai heureux d'avoir découvert un auteur dont le style m'a beaucoup inspiré (bien que je n'en sois qu'à la première oeuvre et qu'il se peut que ses autres romans ne soient pas écrits suivant la même recette).
Résumé
La maire de Beltonville, Ted Torphins, est un homme véreux et malhonnête. Son fils, Bruce Torphins, a mis enceinte la fille d'un cordonnier italien nommé Gioacchino Carignagno. Quand ce dernier va voir le maire pour lui en parler, il se fait refouler. Le cordonnier va alors voir Don Salvatore, le parrain de la communauté italienne de cette ville du New Hampshire (aux USA). Ce dernier est membre de la Cosa Nostra, tenu par la tradition de protéger les Italiens où qu’ils se trouvent, mais c’est aussi un ami du maire. En fait, Gioacchino espérait que le parrain parlerait au maire concernant son problème. Salvatore, faisant passer les intérêts qu’il tire de sa relation avec le maire avant la tradition, n’apportera pas son aide et choisira de ne pas s’en mêler.
Pour éviter l’humiliation et le déshonneur, le maire décide d’envoyer son fils loin de Beltonville, à Harvard, et de le couper de la fille du cordonnier. Mais celle-ci, quand elle découvre la trahison, décide de se pendre ; sa mère la sauve de justesse. Abandonné et seul, le père décide de se battre. Il entreprend donc d’aller voir le rival politique du maire pour lui raconter toute l’histoire. Le maire l’apprend et décide, sous les conseils de son adjoint, que la seule solution qui reste est de tuer le père et la fille. Comme ça, oust ! On n’en parle plus !
L’adjoint du maire, Glenn Killdrummy, charge le chef de la police Tom Dingwall et son compère Bob Holm (tous les deux des flics véreux) de faire taire Gioacchino Carignagno. Ceux-ci, à leur tour, vont engager quatre tueurs pour la besogne : Franck Saguache, Clifford, Lee Yarrow et Ray Oban.
Le soir où ils doivent exécuter leur mission, Gioacchino donne un dîner chez lui. En fait, un jeune boucher a accepté d’épouser Gelsomina Carignagno (la fille enceinte), malgré la grossesse, et c’était un dîner avec la future belle-famille. Sauf que les tueurs, eux, ne sont pas au courant. Quand ils arrivent et qu’ils tuent Gioacchino, ils se rendent compte qu’il y a plus de personnes que prévu. Or, ils ne peuvent pas laisser de témoins. Alors, ils tuent tout le monde sauf… deux petits enfants : des jumeaux, Isabella et Arrigo, qui assistent à tout le carnage mais y échappent de justesse parce qu’ils étaient cachés au moment des faits. Ils seront sauvés par un policier, Clem Belford (l’un des rares flics honnêtes), qui les confiera ensuite à leur tante Josefa Feltre.
Le temps passe, les enfants grandissent et reviennent dans leur ville natale. Officiellement en vacances, ils sont présentés comme des sortes de prophètes annonçant le temps proche où tous ceux qui ont participé à la mort des Carignagno paieront. Et c’est justement ce qui arrive : tous les acteurs impliqués dans la mort des Carignagno paient d’une manière ou d’une autre.
Ray Oban, l’un des tueurs, est assassiné par Bob Holm qui a peur qu’il perde le contrôle et les balance. Lee Yarrow est tué alors qu’il essaie d’intimider les jumeaux pour les forcer à quitter la ville. Don Salvatore et Glenn Killdrummy sont assassinés au cimetière. Bruce Torphins se suicide après que sa femme, ayant appris les faits, l’a quitté. Bob Holm est tué par Saguache et Clifford, eux-mêmes abattus par le FBI. Seuls le maire Ted Torphins et le chef de la police Tom Dingwall sont arrêtés.
Avis de lecture
Je ne vais pas prétendre faire une critique littéraire. De toute façon, je n'en ai pas reçu la légitimité ... de ceux qui la possèdent (à ce qu'il paraît). Ce que je veux faire, c'est dire en gros comment je trouve l'ouvrage dans son ensemble.
Pour commencer, j'apprécie énormement les auteurs qui vont droit au but et évitent de perdre les lecteurs dans un labirynthe de détails inutiles. Avant ce roman, j'ai lu La Couleur de la Nuit de David Lindsey, un vrai gâchi narratif avec un nouveau personnage au detour de chaque page page. L'auteur alourdit tellement le récit qu'on a l'impression qu'il force le mystère. Et pourtant, c'est juste l'histoire d'agents secrets qui arnaquent des millions de dollars à un criminel international et qui sont poursuivis par ce dernier. Je trouve que c'est un premier point qu'Exbrayat marque. Il a su me prendre dès la première page jusqu'à la dernière sans me laisser la chance de me plaindre de ne pas comprendre pourquoi tel personnage est là, pourquoi telle description est faite, pourquoi telle décision est prise. Sous cette perspective, je trouve ce roman très proche de Pierre et Jean de Maupassant (que j'avais aussi lu d'une traite).
Ensuite, quand j'y réfléchis, au fond ce roman c'est juste l'histoire d'une vengeance. On en a des milliers dans la littérature. Mais sa manière de raconter cette vengeance est unique ! Il faut vraiment croire que ce ne sont pas les idées les plus originales qui font les grands livres. Parfois, beaucoup trop de créativité engendre ridicule et extravagance. Je trouve magique comment il a pu suspendre le lecteur que je suis et l'a fait sans effort.
Malheureusement, on ne peut pas tout apprécier d'une oeuvre humaine et justement, il y a des choses que je n'ai pas appréciées.
La première, c'est que je déteste les auteurs qui me prennent pour un bébé qui a besoin qu'on mâche sa viande et qu'on la lui donne prête à être avalée. Je déteste les auteurs qui me prennent pour un retardé mental. Je sais que ce n'est pas volontaire, ce n'est pas cela qu'ils cherchent. Mais, s'il vous plaît, les petites questions rhétoriques auxquelles vous répondez vous-mêmes dans vos textes, les paragraphes que vous écrivez pour expliquer pourquoi il existe un lien entre deux faits, ... c'est ennuyeux et ça coupe l'appétit. Chez Exbrayat, c'est plus subtil, mais je l'ai quand même remarqué. Par exemple, à la page 92 il écrit :
Bob Holm s'assura qu'il ne laissait rien de vivant dans la maison et sortit dans la nuit sans se douter que grâce à lui, la prédiction de tante Josefa se réalisait : la faux de l'Eternel entrait en action, Oban et Barbara étaient les deux premières gerbes de la grande moisson rouge.
Moi, je pense que ça ne servait à rien de préciser que l'assassinat de Bob Holm venait corroborer l'idée d'une vengeance prophétisée. J'ai lu 92 pages et j'ai compris que si quelqu'un meurt parmi les criminels, surtout depuis l'arrivé des jumeaux dans la ville, c'est forcément en rapport avec cette prophétie. Mais pourquoi me l'expliquer, me le préciser, limite essayer de me l'imposer comme prérequis pour comprendre la suite de l'histoire ?
Deuxième chose que je n'ai pas appréciée, c'est le timing. J'ai détecté pas mal de problèmes de timing et je suis très sensible à des choses comme ça. Par exemple, à la page 77 les jumeaux sont en train de se recueillir devant la tombe de leurs parents quand, comme par hasard, Salvatore aussi s'y trouve et écoute ce qu'ils disent. Et comment l'auteur justifie cette présence ? A ce qu'il paraît, Salvatore se rendait aux cimetières pour s'habituer à l'idée qu'il y serait un jour. ECHEC ! C'est bidon comme justification, surtout vu le timing. Parce que, si c'est une habitude, alors autant fallait la présenter bien avant. Et surtout, la présenter un peu plus dans la suite. Pourquoi présenter l'habitude d'un personnage seulement au moment où cette habitude peut expliquer quelque chose ? C'EST MOCHEEEUUUU !
La denière chose que je n'ai pas aimée, c'est qu'il va trop à fond sur les deux jumeaux. Oui, ce sont des personnages centraux. Oui, ils ont vécu un traumatisme dans leur enfance. Oui, ils ont été élevés par une tante illuminée qui se prenait pour le Prophète Jérémie 2.0. Mais s'il vous plaît, un peu d'humanité ! Ces deux personnages, pour moi, ils ne vivaient pas. C'était comme deux pièces essentielles au fonctionnement d'une mécanique mais pas des petites personnes en papier qui participent vraiment à la vie du récit. De leur manière de parler à leurs agissements, rien n'est naturel ! Exbrayat a malmené ces personnages et je demande un procès devant la Cour Pénale Internationale pour Crime contre Personnages !
Wrapping up
Merci d'avoir lu à la fin. Je signale aussi que je suis prêt à acheter une colletion Exbrayat et Agatha Christie. Si vous avez des livres que vous ne lisez plus, je serais heureux de les acheter (priorité à ces deux auteurs). Je vous dis à bientôt pour un nouvel article !

