
AVANT TOUT LE RESTE
Je suis un amoureux de musique. Que dis-je ? Je suis passionné par la musique. J’ai rarement vécu de passion aussi forte (peut-être deux ou trois fois de toute ma vie et seulement pour des filles qui m’ont obsédé ou m’obsèdent). Basquiat (mon peintre préféré) a dit que l’art est la manière dont nous décorons l’espace et la musique la manière dont nous décorons le temps. Basquiat savait très sûrement que la musique c’est de l’art mais je pense que, dans ce cas précis, il parlait d’art matériel (peinture, sculpture, graffiti, etc). Si on oublie la confusion des concepts, cette phrase est juste magnifique et vraie : le temps va doucement quand on a un peu de musique avec soi. Surtout les temps durs.
En très bon passionné, je suis constamment en train de chercher à entrer en contact avec l’objet de ma passion. Une journée sans musique, pour moi, c’est une journée fade. Ma mère a même commencé à me reprocher d’avoir mes écouteurs tout le temps et de vivre comme si j’avais mon propre monde. Bien évidemment, je fais de mon mieux pour donner du temps à mes proches mais chaque fois que je me retrouve seul, j’ai de la musique dans mes oreilles.
La musique rythme ma vie. J’en écoute tout le temps. J’en écoute des tonnes.
COMMENT J’ÉCOUTE LA MUSIQUE
J’ai une manière très particulière d’écouter de la musique. Je ne l’écoute pas en désordre ou de manière hasardeuse. Vous savez les gens, peut-être vous et c’était moi avant, ont l’habitude d’écouter de la musique au hasard. Quelqu’un prend son téléphone, il clique sur un truc, et il laisse jouer. Parfois, des gens n’écoutent même pas cette musique. Ils la laissent tourner sans vraiment y prêter attention.
Je déteste la musique des fêtes. Les gens, ils ne l’écoutent pas. Ils parlent, ils courent dans tous les sens, ils crient, ils mangent … Ils ne respectent pas la musique. Il y a cette phrase de Fela Kuti que j’adore. Il avait dit : «La musique c’est quelque chose de spirituel, on ne joue pas avec la musique.». Une musique, on doit lui donner du temps, savourer chaque note, chaque variation, chaque silence. Si le silence qui suit du Mozart c’est encore du Mozart, qu’en est-il du silence que crée Mozart ?
Moi, j’ai trois façons d’écouter ma musique :
- Selon mon humeur et mon état mental : quand je suis stressé ou anxieux, j’aime écouter des compositions de jazz ou de la musique instrumentale. Ça m’apaise. Il y a des compositeurs pour ça : John Coltrane (Jazzman), Yiruma (compositeur sud-coréen), Ali Farka Touré (guitariste malien), Toumani Diabaté (virtuose malien de la Kora), Terrace Martin (producteur américain). Quand je me sens plutôt gaie, j’écoute tout. Quand je suis d’humeur romantique, je penche plutôt pour la bachata ou le R&B. Quand je suis triste, j’adore écouter le boléro, le rap lo-fi (des producteurs comme J Dilla et Nujabes), l’emo rap (XXXTentacion, Juice WRLD, 2Pac Shakur) ou du gangsta rap pour me gonfler à bloc (Mobb Deep, 50 Cent, The Game, Tupac Shakur, etc.).
- Par artiste : il m’arrive de me réveiller et de n’avoir envie d’écouter que du Tupac Shakur, du Kendrick Lamar, du Ferre Gola, du Aida Khaled ou du Danay Suárez. Et, j’écoute leur discographie du début à la fin.
- Par genre: il m’arrive aussi de me dire, je vais juste écouter du R&B aujourd’hui. Ou, aujourd’hui je n’écoute que les vieilles rumba. Ou, aujourd’hui je n’écoute que du Rock n’ Roll.
Et, j’écoute toujours par album. C’est là qu’intervient l’ordre. Je trouve plus beau d’écouter un album entier parce qu’il transmet l’impression d’une certaine cohérence (pas toujours mais au moins on en a l’impression).
Mais le truc avec les albums, c’est qu’il en sort tous les jours. Il suffit de prendre Spotify et regarder le nombre d’albums qui sont sortis dans le milieu R&B. À peu près 5 et encore, c’est parce Spotify me présente ces albums-là en se basant sur mes goûts. Sinon, il y en a plus. Et moi, j’écoute tous ces albums parce que j’aime ça. Certains, je les écoute jusqu’à les terminer. Pour d’autres, j’écoute deux trois sons, ils ne me plaisent pas et je laisse. La vie est courte pour écouter de la mauvaise musique.
Si je devais écrire sur tous les albums que j’écoute, je ne pourrais pas tenir. Je suis incapable d’écrire au même rythme. Pourquoi alors certains albums ont l’honneur d’un article sur mon blog ?
PREMIÈRE JUSTIFICATION
C’est simple : ils ont quelque chose d’unique, de différent, de remarquable.
Désolé, les gars, mais n’importe qui peut faire de la musique aujourd’hui (surtout avec l’IA). Il y a même des choses que vous appelez rap mais qui n’ont rien de rap. Et moi, cette merde, je ne peux juste pas perdre mon temps à écrire dessus, encore moins à l’écouter. Donc, quitte à dire des choses négatives sur les mauvais albums et les albums que je n’ai pas aimés, je préfère écrire des choses positives sur les bons albums et les albums que j’ai aimés.
Certains m’ont même accusé d’avoir des goûts musicaux de « colonisé » (entre parenthèses) parce que que je n’écris pas sur les albums des africains. On m’a même dit que je n’ai pas écrit sur l’album de Fally Ipupa qui est sorti il y a quelques mois parce que je suis golois. Vous parlez de ce truc où il y a Wizkid et Guy2Berbard ? Je vais vous raconter une anecdote que je tiens d’un documentaire sur Papa Wemba suivi il y a très longtemps. Papa Wemba joue en Europe avec Viva La Musica, quand il doit interpréter des titres de l’album Émotion, des noirs sortent de la salle. On leur demande pourquoi ils sortent, ils répondent : « Il n’a pas fait cette musique pour nous, eza ya ba mindele». C’est exactement le sentiment que j’ai eu avec le dernier album de Fally.
Celui qui est sorti le 18 septembre, j’ai décidé de ne pas l’écouter avant le 30 octobre malgré tous les défis qui m’ont été lancés (vous allez me faire quoi ?). Et même là, je ne suis pas sûr d’écrire un article dessus. Je m’en fous de comment vous aimez Fally : quand il fait du n’importe quoi, c’est du n’importe quoi. Ce n’est pas parce qu’il a fait double Stade de France (je réitère mes félicitations) ou qu’il a été décoré que tout ce qu’il sortira dans le futur sera automatiquement louable. Y'all motherfuckers biased, ICU ! Autrement, on n’est plus sérieux avec notre musique et la qualité de travail du même Fally va diminuer parce qu’il prend ses fans pour acquis (ça a déjà commencé, d’ailleurs). Je tiens à vous signaler que Koffi a été décoré l’année où Fally sortait son premier album. Et il n’est pas le seul. Arrêtez de prendre un chat pour un lion juste parce qu’il a dormi deux fois dans la chambre de la reine.
NOTE IMPORTANTE : Ça, c’est le blog d’un type qui aime vraiment la musique et pas un média culturel hypocrite où les gens louent la merde des artistes et de faux écrivains pour espérer attirer leur attention et gratter quelques dollars.
On m’a demandé pourquoi je n’ai pas écrit sur le dernier album de Innoss'B. Je l’avais écouté très sommairement. Une écoute très pénible puisqu’au bout de trois titres, j’avais arrêté. C’est de la musique pour les bars et les salles de fête c’est-à-dire des endroits où les gens sont très distraits pour se rendre compte qu’on leur remplit les oreilles avec de la merde. Remarquez qu’on joue de moins en moins les disques de nos grands parents et nos parents dans les mariages : les disques de Franco ou Mbilia Bel sur le mariage, le pardon, la réconciliation, l’infidélité. Aujourd’hui, c’est mukomboso et « Où sont passés ceux » juste parce que c’est tendance sur TikTok.
Certains me demandent même pourquoi, moi qui aime tant la musique, je ne parle pas de ces musiciens kinois qui font la pluie et le beau temps des rues de la capitale. Ou même de tous ces DJ de Lubumbashi qui surfent encore sur la popularité agonisante de l’Amapiano. Je leur réponds que je vois ça comme un mouvement socio-culturel et pas artistique. C’est juste de pauvres types, sans éducation, qui n’ont rien d’autre à proposer que l'obscénité pour espérer sortir de la rue. Et le fait que certains d’entre eux percent n’est pas la preuve qu’ils proposent de la valeur ou de la qualité. C’est juste la preuve que les gens manquent de goût et écoutent de la merde. Et eux, derrière, ils voient que leur merde vous plaît, donc ils vous en servent encore plus.
En d’autre termes, cette musique (si on peut même l’appeler musique) n’est pas inspirée par quelque forme de créativité artistique que ce soit mais par la misère sociale. Et, j’en vois certains venir me dire : oui, mais le jazz, aussi exquis, ou le Hip Hop, aussi technique, sont nés de la misère sociale. Certes, mais la misère dans laquelle les musiques des rues kinoises et lushoises naissent n’est ni le sujet ni l’objet de cette musique. Le mec dort affamé parce qu’il n’a pas de boulot, il n’a pas de boulot parce que le chômage est explosif dans son pays et tout ce sur quoi il sait chanter, c’est la quantité d’alcool qu’il va boire, les seins (ou le lait) d’un papa ou le « kimotoka kya mpombe ». Honte à nous !
Certes, je ne maîtrise pas le paysage musical de mon pays. Je sais qu’il y a des artistes qui font un travail remarquable d’une façon ou d'une autre. Je pense à (je citerai toujours ces deux filles) : Céline Banza et Gloria Bash. J’ai écouté un peu de Zakalara, ça passe pour moi bien que je n’aime pas sa voix. Pson faisait de la musique avec son cœur avant et c’était beau. Maintenant il produit des trucs qui vont plaire au plus grand nombre et rapporter de l’argent. Je pense à Ampire Joven’s que j’ai découvert sous les recommandations d’un grand ami (celui que j’aime appeler Mwalimu Jean-Marc) et j'ai adoré Ampire. Mélodie ? 10/10. Textes ? 10/10. Production ? 100/10. J’avais envie qu’il devienne mon ami quand j’avais écouté son album Urizi. Je pense aussi à The Mingongo bien que je n’aime ni sa voix (pourquoi elle est aussi aiguë?), ni son visage (j’ai l’impression qu’il force un certain look) ni ses textes (il écrit mal à mon goût).
Mais, qu’on se le dise, les quelques artistes qui font un travail remarquable sont inondés dans une foule de types sans talent qui pensent juste à vous faire bouger les fesses et devenir populaires hit or miss. Et justement, vous bougez les fesses et par conséquent, vous contribuez à invisibiliser le travail remarquable de bons artistes.
DEUXIÈME JUSTIFICATION
Mais, je comprends. Ça doit faire réfléchir de voir que presque tous les albums sur lesquels je rédige sont d’artistes étrangers (et principalement américains). Les accusations d’avoir des goûts de colonisé (très discutables) semblent fondées et c’est votre droit. Mais écoutez ma deuxième justification avant de me juger.
Vous remarquerez que 90% des albums sur lesquels j’ai écrit des articles sont répartis en deux genres : R&B et Hip Hop. Et ce sont les deux genres que j’écoute le plus.
Je sais que Fatoumata Diawara a sorti un album cette année. Cet album, je l’attendais de deux mains. J’espérais qu’il serait aussi beau que London Ko. Malheureusement, j’ai été déçu. Vous voyez, c’est une grande artiste malienne sur laquelle j’aurais pu écrire mais je n’ai pas aimé son album quand il est sorti.
Il en est de même pour l’album de Cindy. J’avais déjà en tête des phrases pour l’article. Mais, après l’écoute, rien ! Je ne ressentais rien. C’était juste … un énième album.
Autrement, je ne choisis pas sur base de la nationalité. C’est juste que les gens qui pratiquent mes genres de prédilection sont américains. Si vous connaissez un/e rappeur/se (s’il vous plaît, un vrai!) un/une chanteur/se africain/e, congolais/e, lushois/e, je suis plus qu’intéressé de découvrir le travail qu’il/elle fait.
TROISIÈME JUSTIFICATION
Une autre chose, c’est que je n’ai pas forcément les outils pour apprécier tous les genres musicaux du monde. Je ne parle pas d’apprécier dans le sens de dire « j’aime » ou « c’est mauvais ». Je parle d’appréciation dans le sens critique du terme.
Je vais vous faire une confidence. Le truc avec moi, c’est que je sais accepter mon ignorance et mes limites. J’en suis presque fier. Mais, je sais aussi qu’il y a des choses que je connais. Beaucoup de choses, d’ailleurs. Ça aussi, j’en suis fier.
Je peux apprécier le Hip Hop ou le R&B parce que ce sont les genres avec lesquels j’ai passé le plus de temps. J’en connais les codes. Je connais les critères objectifs sur base desquels un morceau peut être classé rap (vrai rap, pas l’imposture!).
Je connais des choses que peut-être des artistes et des producteurs eux-mêmes ne connaissent pas. D’ailleurs, je parie que vos soi-disants rappeurs locaux sont incapables d’écouter un beat et vous dire : c’est telle variété de rap, tels instruments ont été utilisés, ça ressemble plus à l’univers sonore de tel producteur, ce style est apparu vers telle année, etc. Moi, je peux le faire. Parce que le Hip Hop, c’est mon univers.
Mais un album de rumba, je l’écoute comme vous tous. Je peux bien écrire un article, mais ça sera juste pour dire : j’ai aimé telle chanson, telle mélodie, telle phrase. Je ne peux pas critiquer l'œuvre à un niveau vraiment artistique. Je n’ai pas toutes les références. Je sais, bien sûr, différencier la rumba de Koffi de celle de Werra, de Fally, de Wata ou de Ferre Gola. Je sais écouter quelque chose et dire : ça, c’est du Zaiko, c’est du King Kester, c’est un Papa Wemba. Ou même, ça c’est première génération ou cinquième génération.
Mais, je reste limité et les albums de rumba ne sortent pas tout le temps comme les albums R&B. Au lieu de faire la rumba, notre musique est en train d’être assaillie par ces voyous qui remplissent nos oreilles de bruits et d’insanités. À qui la faute ?
QUATRIÈME EXPLICATION
La dernière explication va vous faire rire mais : j’écris quand j’ai envie d’écrire. Je vous le dis. Je ne suis jamais pressé d’écrire une review sur un album. Si je ne suis pas dans le bon mood, je laisse. Pourquoi me tuer ?
Il y a des albums sortis l’année passée sur lesquels je m’étais promis d’écrire et j’ai fini par oublier. Certains, je commence à peine à les récupérer et à rédiger des articles dessus.
Il y a par exemple, sur ma liste d’attente, le dernier album du Wu Tang Clan (rap), celui de Tori Kelly (R&B), celui de beabadoobee (Rock Indie), celui de Jhené Aiko (R&B), celui de Ezra Collective (intergenres), celui de Busta Rhymes (rap), celui de Ambré (R&B), celui de Masego (R&B), etc. sur lesquels je me suis promis d’écrire. Mais, ça ne vient juste pas. Des fois, ces retards me permettent aussi de prendre le temps de bien écouter et m’imprégner de l’album. La beauté de la musique est dans les détails et malheureusement, les gens écoutent la musique comme des va comme on t’y pousse (je connais un écrivain qui aime ce genre d’expression, Bkabel) et ne prêtent jamais attention aux détails.
Je pense commencer à organiser des évènements d’écoute proactive de musique. C’est-à-dire, on va dans une salle de spectacle (prenons Climax), on laisse nos téléphones dehors (il faut être concentré sur la musique), on s’assied, on écoute de la musique et après, chacun parle de ce qu’il a ressenti, le détail qu’il a remarqué, ce qu’il a appris (pourquoi pas?). N’hésitez pas à me dire inbox si vous pensez que cette idée est cool !
Wrapping up
J’ai déjà beaucoup dit. En conclusion, je ne dis rien. Juste, allez écouter de la musique.

