
All Of Us - Talib Kweli
Je commence avec le morceau qui m'a inspiré la rédaction de ce billet de blog. Perdu de vue, je l'ai retrouvé hier quand je réorganisais mes playlists. Il commence sur une harangue qui rappelle les discours de Malcolm X ou Fred Hampton. C'est tout visiblement des manifestants, des militants ou des activites en train de répéter les très célèbres phrases tirées de l'autobiographie d'Assata Shakur :
“It is our duty to fight for our freedom.
It is our duty to win.
We must love each other and support each other.
We have nothing to lose but our chains.”
Sur un ton de langueur, Talib Kweli et Jay Electronica chantent pour et par la communauté noire des Etats-Unis, mais également du monde entier. Ce message peut vraiment s'universaliser à tous les noirs du monde. Comme le dit Kery James dans Musique Nègre : « Partout sur le globe, c'est chaud d'être un négro. ». Ce n'est pas un message victimisateur, loin de là. Dans son couplet, Talib Kweli dit par exemple :
The common myth that we're savages with no history or accomplishments
Or knowledge of ourselves, they did a job on us
Considering the prediction of economists, machines will do our jobs for us
The future for the working class is ominous
They got us indoctrinated through a bitch's brew, a religion mixed in with abuse
Emotional we sit in pews, it's physical, we get the noose
And hang ourselves refusing to name ourselves, refuse to change ourselves
---
Le mythe courant selon lequel nous serions des sauvages sans histoire ni accomplissements
Ni connaissance de nous-mêmes, ils nous ont manipulés
Si l’on considère les prévisions des économistes, les machines feront notre travail à notre place
L’avenir de la classe ouvrière s’annonce sinistre
Ils nous ont endoctrinés à travers une mixture toxique, une religion mêlée à des abus émotionnel,
Nous sommes assis sur des bancs [bancs d'Eglise, TL;DR], nous recevons la corde
Et nous nous pendons, [...]
Ou encore, plus loin (et c'est ma partie préférée) :
We unifying Africa like Gaddafi, that's what got Malcolm shot
They out to stop anybody with knowledge that figured out the plot
On the balcony like Martin Luther King, I been to the mountaintop
---
Nous unifions l’Afrique comme Kadhafi, c’est ce qui a fait abattre Malcolm
Ils veulent arrêter quiconque est éveillé et a compris le complot
Sur le balcon comme Martin Luther King, j’ai été au sommet de la montagne [en référence au dernier discours de Martin L.K Jr, TL;DR]
Musique Nègre - Kery James
Ce morceau, au titre très dérangeur, rassemble trois noms du Hip Hop francophone, connus pour être des artistes engagés et à la plume aiguisée : Kery James, Youssoupha et Lino. Le morceau commence par une introduction de Juliette Fievet, la présentatrice de l'émission Légendes Urbaines sur RFI, qui donne le contexte du morceau.
Henry de Lesquen, candidat à la présidentielle de 2017 en France, dit en 2016 dans son programme qu'il va bannir la « musique nègre », en référence au rap. Ce qui est tout à notre honneur : un raciste aussi vil que lui reconnaît aux noirs leur mérite. Cette déclaration conduit donc Kery James et sa compagnie à sortir ce morceau, pour lui répondre. Le clip est rempli de références à l'histoire des noirs et de leur lutte pour les droits civiques au USA : Malcolm X avec son fusil regardant par la fenête, Huey Percy Newton (co-fondateur des Blacks Panthers) sur son trône d'osier, les tirailleurs sénégalais, Tommie Smith & John Carlos avec le poing levé aux JO de Mexique en 1968, ...
Mais ce qui est intéressant, en dehors du texte dont on va parler, c'est le fait d'inclure des rappeurs blancs (Orelsan, Bigflo et Oli, ... ) dans le clip, comme pour dire à Henry : « Regarde ! Vous détestez notre musique mais vous voici en train d'essayer de vous y faire une place. » Sacré coup de communication !
Vous devez absolument suivre cette interview où il en parle. On croirait entendre le ministre de la propagande d'Adolf Hitler ou Eric Zemmour en augmenté.
Pour vous donner une idée du texte, que vous pouvez lire en entier sur le site MusixMatch, je vous mets ces quelques lignes de Youssoupha où il déploie ses talents d'écriture dans toute leur magnificence :
Je suis revenu choquer leurs quotas
Brise les quotas de la France profonde
Tricart comme Joker sur Gotham
Comme un gros tag sur la Joconde
Je raconte que les Antilles sont pillées par la métropole
Que mon Africa est bien trop forte
Et que la flicaille est souvent négrophobe
Forte est ma musique, imagine, fuck les codes Illuminatis
Ici pas de négros fragiles, rouges, jaunes, vert-kaki
Le cul posé, j'ai pris votre place,
Je me prends pour Rosa Parks
Je me prends pour Toussaint Louverture bottant le cul de Bonaparte.
Ou encore Lino qui dit :
Et d′après le Vatican, j'ai mérité mes chaînes [l'Eglise Catholique a soutenu et encouragé l'esclavage, TL;DR]
Mec, si je mens, l′Enfer m'attend
Je rallume le feu de la révolte
Je brûle les bouquins de Fernand Nathan
Ou encore cette transition Lino-Kery :
J′avance entre les croix gammées [en référence aux nazis]
Les croix cramées [en référence au Ku Klux Klan]
The Black Renaissance - Sa Roc
C'est ma meilleure découverte Hip Hop de 2025. De son vrai nom Assata Perkins comme Assata Shakur, Sa-Roc est une rappeuse qui a vite gagné sa place dans mon Panthéon du Hip Hop, le haut-lieu de l'Art, où je garde dans un estime presque religieux 2Pac, Biggie, Method Man, Rakim, Kendrick Lamar, J Cole, MF Doom, Mos Def ou Black Thought. Elle a l'énérgie et la prestance mais surtout elle a à dire et elle le dit parfaitement bien.
En collaboration avec Black Thought, ce morceau commence par une phrase qu'il m'est impossible de me sortir de la tête : « Chers blancs, je ne suis pas votre nègre »
Complexion - Kendrick Lamar
C'est impossible pour moi de parler des textes inspirants, poétiques, sociocritiques ou engagés dans le Hip Hop, sans citer Kendrick Lamar ou Tupac Shakur. Ce sont deux rappeurs que j'aime, j'admire et je respecte, justement pour leur capacité à aborder des problèmes sociaux, politiques ou socio-politiques avec tellement d'esprit, de profondeur et d'engagement artistique.
Sorti sur l'album To Pimp A Butterfly en collaboration avec Rapsody, ce morceau aborde deux questions sensibles au seins de la communauté noire-américaine.
D'un côté, le racisme silencieux dont sont victimes les noirs qui ont une peau tendant trop vers le blanc (métissage) de la part d'autres noirs, comme Bob Marley dit en avoir souffert.
De l'autre côté, la honte qu'éprouvent les noirs de leur teint, ayant internalisé le regard raciste qui considère le teint très noir comme une laideur et le teint clair (light skin) comme un standard de beauté. Ce problème, comme vous pouvez le voir, ne concerne pas que les afro-américains : en Afrique, au Congo, on a encore cette mentalité.
Kendrick Lamar commence le morceau sur ces quelques lignes qui donnnent très vite le ton :
Uh, dark as the midnight hour or bright as the mornin' sun
Give a fuck about your complexion, I know what the Germans done
---
Sombre comme l’heure de minuit ou éclatant comme le soleil du matin
Je me fiche de ton teint, je sais ce que les Allemands ont fait
En faisant référence aux Allemands, Kendrick Lamar se réfère à 3 choses, selon cette interprétation qu'on retrouver sur le site Genius : 1. Les Nazi déterminaient qui étaient aryen ou pas en se basant sur la couleur de sa peau 2. Les Allemands ont massacrés (un génocide dont on ne parle pas) des noirs Herero et Namagua en Namibie 3. Les divisions entre Hutu et Tutsis qui ont conduit au génocide de 1994 ont été nourries par les Allemands (et plus tard les belges).
Mais, le couplet que j'aime le plus sur ce morceau, c'est celui de Rapsody. Elle ne rappe pas, elle parle. C'est de la poésie qu'elle fait et ce qu'elle dit est tellement clair qu'on n'a pas à fournir des efforts pour l'entendre.
Je vous mets le couplet de Rapsody puis la vidéo de Complexion.
U.N.I.T.Y - Queen Latifah
Quand on pense rap au féminin, on a souvent l'image de ces prostituées (excusez mon franc-parler) qui s'exhibent nues dans les clips et n'ont rien à dire dans leurs textes sinon raconter comment était leur dernière fellation ou leur dernier orgasme. ATTENTION ! Ce sont des usurpatrices qui salissent la culture, qui salissent l'art et surtout qui salissent la femme.
D'ailleurs, il m'est difficile encore aujourd'hui de concevoir qu'une fille écoute ces prostituées (Cardi B, Nicki Minaj, Megan Thee Stallion, Ice Spice, etc. s'il faut les nommer) qui les dégradent au lieu d'écouter des artistes qui font vraiment de l'art et qui, surtout, parlent pour elles : Queen Latifah, Sa-Roc, Rapsody, CHIKA, Diams, etc.
UNITY de Queen Latifah est un appel à l'unité des femmes contre le sexisme, le manque de respect et la chosification dont elles sont victimes. Elle va loin. Dans son premier couplet, où elle raconte une histoire, elle va jusqu'à frapper un homme qui la traite de "bitch". Et vous, mesdames ? Allez-vous frapper ce type ou le gratifier de votre sourire bête ?
WRAPPING UP
Comme le disait ma prof de biologie de 5e : « C'est tout comme aujourd'hui !». Je vous recommande de lire les paroles ... c'est l'objectif, en fait. Ecoutez mais surtout lisez les textes et essayez de comprendre le sens. Si vous êtes à l'aise avec l'anglais, utilisez le site Genius qui vous donne des références et des explications détaillées des morceaux.
THUG LIFE

