
Si l’on considère la philosophie de Spinoza, il distingue deux types d’idées :
- Les idées adéquates : fondées sur la raison.
- Les idées inadéquates : fondées sur l'imagination.
Trop souvent, hélas, nous nous laissons guider par des idées inadéquates au lieu d’idées fondées sur la raison. Prenons l’exemple de notre conception de l’existence : nous croyons que mener une vie heureuse est l'essentiel, alors qu'il nous faut surtout viser la vie bonne.
Pour mieux comprendre cette distinction, considérons ces deux exemples :
- A l'image des criminels qui tuent pour obtenir richesse et pouvoir, on peut se croire heureux dans un succès apparent, mais nous savons tous que moralement cette vie est mauvaise. Cette illusion prouve que la quête de la simple vie heureuse peut nous égarer, car nul ne saurait être pleinement satisfait, quels que soient les moyens employés.
- La vie bonne, en revanche, consiste à vivre sans nuire à autrui, en respectant l’ordre moral et la justice. Or, si l'on préfère la simple poursuite du bonheur à celle du Bien, c’est que l'on fonde ses jugements sur l’imagination plutôt que sur la raison.
À l’exemple de Socrate, qui recommandait de rechercher non la vie agréable mais la vie vertueuse, je nous invite à changer notre manière de penser.
Comme chacun peut le constater, il n’est point besoin d’être savant pour être philosophe. La philosophie naît de l’étonnement, ce sentiment premier qui en est le véritable commencement : l’étonnement.
Un auteur écrivait : « Nous naissons tous philosophes, mais rares sont ceux qui le demeurent. »
Pour ma part, je conçois la philosophie comme un éveil : le philosophe est celui qui contemple l’existence sans plainte inutile, trouvant une forme de satisfaction dans l’acceptation des vicissitudes de la vie.
En vérité, le but suprême de la philosophie se résume à un principe fondamental : la morale. Un concept que beaucoup prétendent connaître, mais qu’en réalité bien peu comprennent dans sa profondeur.
Spinoza l’a dit avec justesse : « Nous sommes, sans le savoir, esclaves de nos affects » — ces émotions tristes que sont la haine, la peur, l’égoïsme, la jalousie... C’est par ces affects que naît la haine, laquelle grandit avec le temps.
Mais à quoi bon jouir de la liberté d'opinion, de parole ou d'action, si nous demeurons prisonniers de nos passions ? À quoi sert un régime démocratique si l’esprit de chacun reste enchaîné à la peur ?
Ce n’est pas le monde qu’il convient d’abord de transformer, mais le fond de nous-mêmes. Je me souviens des paroles d’un ami : « La véritable liberté est intérieure. » À quoi bon prier, si nous ne nous libérons pas de nos passions et de nos désirs mal ordonnés ?
Beaucoup pensent, à tort, qu'il faut supprimer le désir pour bien vivre ; or, suivant Spinoza — et Frédéric Lenoir à sa suite —, il ne s'agit pas d’éteindre le désir, mais de l’orienter justement.
Car le jour où le désir disparaît totalement, c’est la dépression qui survient. Le désir est l’essence même de l’homme. Nous nous levons chaque matin parce que nous désirons vivre, exister, persévérer dans notre être.
Le bonheur réside en chacun de nous, mais nous ignorons trop souvent son existence. Grâce à la philosophie, nous pouvons le découvrir par l’exercice de la raison, et non par l'accumulation de biens matériels.
Ainsi que je l'ai dit plus haut : il est vain de vouloir changer le monde si nous restons inconscients de nos passions tristes. Ce qu’il faut changer, ce n’est pas le monde, mais notre regard sur le monde.

